Le porteur de vie

portevie

Le porteur de vie
Roger Nifle Août 2013

Dans une entrée ou une salle, assez vastes, le porteur de vie est monté sur un une table ou un plateau, en hauteur s’il est face à l’entrée ou à mi hauteur s’il est à côté de la porte. Les visiteurs le contemplent longuement ou, simplement ressentent sa présence. Son panier peut servir à collecter ou distribuer des petits papiers ou des objets.

En creux le tronc est l’espace du coeur. Il porte un épais manteau qui a vu et enduré bien des temps. Les bras au ciel pourraient implorer mais là il porte un panier, pour une offrande ou une collecte. Toute une histoire monte par les fibres du manteau de laine jusqu’au bout des doigts et de la tête qui en a vu d’autres. Toute tournée vers le ciel elle dit la vie qui continue à se donner et se partager comme un manteau d’éternité.

 La légende

Sur le pont levis, le porteur de richesses arrivait. Il allait être accueilli dans la cour du château par tous ceux qui l’attendaient. Il venait régulièrement et chacun y trouvait réponse à ses attentes, à ses prières, à ses voeux. Il distribuait ses bienfaits qui ne lui coûtaient rien. Il les prenait comme ils venaient et les donnait à ceux qui voulaient. On l’appelait simplement l’homme, le porteur de vie.

F081 – Noyer 127x48x56 cm

Le tronc d’un arbre creux a connu une carrière de pot de fleur au bord d’un chemin. Mais l’usure du bois l’a fait délaisser jusqu’à ce qu’un passant devine quelques fibres encore tendues. Le dépouillement de terre et de bois mort laisse comme un manteau dont il faut dégager fibres et nervures. Le polissage requinque la pièce qu’il faut cependant remettre sur pied, tâche difficile pour trouver un nouvel équilibre, celui d’une renaissance. Vernis d’un manteau usé et presque pétrifié, équipement d’un panier pour ne pas rester dans la passivité et le porteur se trouve identifié et sa légende écrite.

 

Dernières créations

Depuis Mai ont vu le jour de nouvelles oeuvres avec leur histoire. Elles témoignent d’une vie qui se manifeste à partir de souches inertes et même en pleine dégradation. L’esprit humain de l’artiste comme de celui qui entre en conversation fait renaitre ce qui est voué à disparition mais sous une toute autre identité que ce que la nature nous laisse. De la nature faire une culture humaine !

Horizons une scène d’un au-delà avec des souches du Sénégal

Titanic une commémoration incertaine

Personne quelqu’un d’inconnu présent à nos côtés

Content une drôle de bestiole à fréquenter par les temps qui courent

Sorcier il vient des corbières avec son air de danseur de maquis

L’élan il nous montre la voie du sursaut salutaire

Croisière africaine tout un monde noir et argent

L’oiseau de feu plein de puissance. Jugez par vous même.

oiseaufeu

 

La bête du Dimanche

Avril 2013 – Cyprès 90x77x35 cm

Dans le grenier la bête du Gévaudan était bien là, tout au fond. Une véritable chimère, un aigle croisé de sanglier et d’auroch, de bois et de plume, de gueule et de cornes. Comme le cerf des bois pris dans les branchages et hurlant avec les loups, «la Bête», comme on l’appelait, était devenue un mythe, celui des peurs des enfants et des plus vieux aussi. Et maintenant elle était là, de sortie, endimanchée, en bonne place au salon, civilisée même, contente de participer au monde des hommes.

 A Sarrians un ami a ramassé cette souche pour que je la fasse revivre. Il est allé la chercher de l’autre côté du ruisseau où il l’avais aperçue. Mon ami est mort mais cette souche lui survivra pour une nouvelle vie qui lui doit aussi quelque chose.

 

 

 

Gisant dans un terrain vague entre Pouzols et Sainte Vallières dans le Minervois, cette souche avait résisté aux attaques des prédateurs en se cachant sous les herbes et les pierres. Il a fallu l’apprivoiser et la toiletter pour quelle révèle son nom. Pas simple la souche, entre la fontaine et l’officiant de quelque messe secrète elle consent à révéler sa force et sa beauté à qui sait l’apprivoiser.

Les vigies lances

Mars 2013 – Châtaignier 226x107x45 cm

 

 

Devant le coucher de soleil, les lignes de l’horizon croisaient, sur le soleil rouge, les lignes verticales du port. Le sol et le ciel se croisaient là et aussi toute la vie des hommes, à condition qu’ils y prennent garde et qu’ils restent vigilants. Veillez et entendez les forces du ciel et de la terre, préservez-vous des orages et des enfers.

 

 

 

Deux lames de châtaignier, longtemps en attente d’une résurrection. Il a fallu les caresser pour qu’elles reprennent vie après le dépouillement de leur gangue. La première a donné son sens dès qu’elle a été dressée. Il a fallu alors répondre à leur exigence de verticalité et leur concocter un socle à leur mesure. Ce n’est pas le moindre des tâches pour qui veut les faire renaitre. Ce n’est qu’une fois dressées côte à côte que leur vocation, leur mission même s’est révélée. Vigies lances. A chacun de tendre son attention à leur signal.

Crinières

Mai 2012 – Racine de chêne 63x34x25 cm

 

Il surveillait la vallée, rien ne lui échappait et il n’échappait à rien. De loin on pouvait le prendre pour une antenne immobile capable de capter les ondes. De près sa chevelure ondulait au gré du vent et des ondes claires du ruisseau où il se baignait. En fait c’était le gardien de ces eaux, le maître des temps et des airs, le seigneur des lieux, coeur de lion.

 

 

L’érosion laisse apparaître ces nervures qui se dévoilent en dépouillant la souche de sa gangue. En fait jamais on ne les voit que l’arbre soit vivant ou mort. C’est la découverte et la révélation de l’âme du bois qui va se mettre en scène dans un tableau vivant. La posture et le traitement dégagent une fière chevelure que la racine de chêne cachait dans son sous sol. C’est là que les richesses se cachent. L’artiste les exhume pour les mettre en valeur.

Abracadabra

Juillet 2012 – Chêne 104x67x42 cm

 

 

Un tour de passe-passe, un tour de magie, trois petits tours et puis s’en vont. Ils étaient là béats et le magicien remontait la pendule pour un tour. Au deuxième tour le tournis leur pris et au troisième tour ils s’en allèrent un peu dandinant mais contents. Ils n’étaient pas venus pour rien. Il l’avaient vue la machine magique.

 

 

 

Gisant dans un terrain vague entre Pouzols et Sainte Vallières dans le Minervois, cette souche avait résisté aux attaques des prédateurs en se cachant sous les herbes et les pierres. Il a fallu l’apprivoiser et la toiletter pour quelle révèle son nom. Pas simple la souche, entre la fontaine et l’officiant de quelque messe secrète elle consent à révéler sa force et sa beauté à qui sait l’apprivoiser.

L’arbre des élégants

Août 2012 – Châtaignier 69x48x27 cm

 

 

 

L’assemblée partageait une même élégance. Police des gestes et des sourires, frôlements, distances et proximités, gestes sobres, bonnes tenues, goûts délicats, jeux et clins d’oeil. L’arbre des élégants pousse en milieu favorable à la respiration des autres.

 

 

 

 

Dans les sous bois on trouve de tout. A côté de la bête des mangroves, issue du même châtaignier, une racine étrange cachait son élégance et sa finesse. Il a fallu la cajoler pour quelle révèle la délicatesse de ses gestes et lui trouver la pose qu’il convient. Alors elle consent à faire rayonner sa sérénité et sa prestance.

La bête des mangroves

Août 2012 – Châtaignier 68x143x83 cm

Dans le salon royal, trônait le seul exemplaire de la bête mythique. Venue des terres lointaines, après d’incroyables aventures, la bête représentait toutes les peurs et tous les courages. Seuls les plus grands pouvaient se la procurer faisant l’admiration des moins grands. Et pourtant le soir on évitait de passer par là. On racontait que plus d’un avait été dévoré laissant la place au suivant qui voulait montrer ce dont il était capable. Au suivant !

La bête des mangroves était tapie dans une forêt de Normandie enfouie au trois quarts dans la terre et les mousses. C’est ce qui restait d’un châtaignier avec d’autres pièces. Un voyage dans la Drôme après sa capture et un long travail de dépouillement de sa gangue révèle la bête. Il a fallu la polir lui trouver le traitement qui lui convient pour qu’elle reprenne vie. Les mangroves comme chacun sait ce sont ces bords de mer ou de rivières où l’enchevêtrement  des racines et des plantes abrite de tels sauriens. Il faut beaucoup de courage et de bonne fortune pour les fréquenter. Mais qui peut s’y aventurer pourra s’en enorgueillir.

Oreilles enchantées

F011 – Oreilles enchantées

Janvier 2013 – Racine de chêne 133x95x63 cm

 

Il était là, debout, au milieu du carrefour, au petit matin face à l’horizon de brume et de lumière. Du silence il cherche le ton, d’un axe à l’autre, d’une route à l’autre et, tout tendu vers le silence, la vibration lui arriva. Un simple souffle au début, un frémissement de l’air, un bruissement, comme des ailes. Un chant mélodieux un instant puis un vrombrissement progressif et enfin une clameur éclatante comme celle des trompettes de Jéricho. Et là, brusquement, le silence. L’homme debout était devenu de bois.

 

Cette souche de chêne devait être là depuis plusieurs dizaines d’années pour avoir été érodée au point qu’il ne reste qu’une dentelle de bois par endroit. Ces formes en creux font penser à ces coquillages où on entend le bruit  de la mer. L’oreille écoute et se met à émettre. Avec quelle force, comme par enchantement. Une longue bataille pour dégager et polir cette feuille de chêne, qui conserve cependant de solides assises. Un véritable véhicule pour un voyage extraordinaire.