Art et philosophie

Chaque sculpture est aussi un acte philosophique. Déjà un bois mort souvent en décomposition retrouve un esprit qui le présente comme un témoin vivant d’humanité. Une sorte de résurrection par l’esprit donné à la souche de bois mort pour lui donner vie ?S’agit-il de faire revivre la chose naturelle dans son rôle de racine, de branche,  de tronc? S’agit-il de restaurer ou réparer la nature? Pas du tout. S’agit-il de fabriquer avec du bois informe une forme préétablie ? Non plus.

Alors il faut revenir à ce rapport entre le sculpteur et la souche. L’inspiration la désigne comme création potentielle. L’esprit n’est pas encore explicite mais déjà quelque chose se passe qui donne envie d’abord de faire connaissance avec ce que cette souche porte comme traces d’une vie antérieure, de lignes de force et de formes expressives. Mais c’est après dépouillement de sa gangue et un premier façonnage qu’elle se donne à la main du sculpteur et surtout à la posture qui va lui donner vie. Cette tenue, cet élan, ce mouvement ne sont plus ceux de la chose naturelle mais celui de ce témoin de l’esprit qui lui est donné. En effet la mutation est totale entre les vestiges d’une nature qui a achevé son existence et l’oeuvre qui devient un témoignage d’humanité. Cette transmutation, celui qui ne la voit pas s’étonne du « naturel » plus ou moins respecté de la pièce d’art, celui qui la reçoit fait connaissance avec cette humanité qui lui parle. L’esprit de la sculpture il le reconnait et s’y retrouve par l’oeuvre du médiateur qu’à été le sculpteur. L’esprit du sculpteur a trouvé une expression qui parle à celui qui le ressent et s’y retrouve comme dans un livre d’humanité. L’oeuvre d’art joue alors son rôle de témoin d’humanité, celle du sculpteur d’abord mais surtout celle de celui qui entre en résonance avec l’humanité qui s’y révèle.

Alors la philosophie dans tout cela? Elle est présente dans ce processus de révélation d’humanité dans lequel, en acte, se construit le témoignage d’une sculpture nouvelle. Elle est présente dans le témoignage singulier qu’elle porte, tant par ce qu’évoque sa tenue devant les yeux de l’amateur que par les paroles que l’imagination porte à son endroit, le texte que l’imaginaire assigne à la naissance d’un nouveau venu parmi les témoins, les médiateurs d’humanité.

 

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