Publications

Depuis longtemps je voulais éditer un recueil des légendes qui accompagnent les sculptures. Voilà c’est fait « La langue des bois, légendes » (126 pages, 24 €).

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Un concours de circonstances m’a conduit à faire réaliser des prises de vues par un photographe professionnel. 70 photos ont été faites par un « meilleur ouvrier de France » et d’autres sont en cours par une professionnelle.

Ces photos devaient illustrer un livret qui n’a pas pu voir le jour dans le projet initial. Mais cet échec m’a branché sur un imprimeur en ligne de Venise et la découverte d’un logiciel ad hoc a fait qu’en moins de trois semaines le livret était réalisé, imprimé, rendu à destination et disponible. (70 pages 26 €)

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Les deux seront présentés lors de l’exposition de Lyon Art3F (1 2 et 3 Avril) avec aussi des photos encadrées soit sur fond blanc (21×29,7) soit sur fond noir (18×24).

En fonction de l’accueil je prévois une réédition en avril.

 

 

Le porteur de vie

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Le porteur de vie
Roger Nifle Août 2013

Dans une entrée ou une salle, assez vastes, le porteur de vie est monté sur un une table ou un plateau, en hauteur s’il est face à l’entrée ou à mi hauteur s’il est à côté de la porte. Les visiteurs le contemplent longuement ou, simplement ressentent sa présence. Son panier peut servir à collecter ou distribuer des petits papiers ou des objets.

En creux le tronc est l’espace du coeur. Il porte un épais manteau qui a vu et enduré bien des temps. Les bras au ciel pourraient implorer mais là il porte un panier, pour une offrande ou une collecte. Toute une histoire monte par les fibres du manteau de laine jusqu’au bout des doigts et de la tête qui en a vu d’autres. Toute tournée vers le ciel elle dit la vie qui continue à se donner et se partager comme un manteau d’éternité.

 La légende

Sur le pont levis, le porteur de richesses arrivait. Il allait être accueilli dans la cour du château par tous ceux qui l’attendaient. Il venait régulièrement et chacun y trouvait réponse à ses attentes, à ses prières, à ses voeux. Il distribuait ses bienfaits qui ne lui coûtaient rien. Il les prenait comme ils venaient et les donnait à ceux qui voulaient. On l’appelait simplement l’homme, le porteur de vie.

F081 – Noyer 127x48x56 cm

Le tronc d’un arbre creux a connu une carrière de pot de fleur au bord d’un chemin. Mais l’usure du bois l’a fait délaisser jusqu’à ce qu’un passant devine quelques fibres encore tendues. Le dépouillement de terre et de bois mort laisse comme un manteau dont il faut dégager fibres et nervures. Le polissage requinque la pièce qu’il faut cependant remettre sur pied, tâche difficile pour trouver un nouvel équilibre, celui d’une renaissance. Vernis d’un manteau usé et presque pétrifié, équipement d’un panier pour ne pas rester dans la passivité et le porteur se trouve identifié et sa légende écrite.

 

Art et philosophie

Chaque sculpture est aussi un acte philosophique. Déjà un bois mort souvent en décomposition retrouve un esprit qui le présente comme un témoin vivant d’humanité. Une sorte de résurrection par l’esprit donné à la souche de bois mort pour lui donner vie ?S’agit-il de faire revivre la chose naturelle dans son rôle de racine, de branche,  de tronc? S’agit-il de restaurer ou réparer la nature? Pas du tout. S’agit-il de fabriquer avec du bois informe une forme préétablie ? Non plus.

Alors il faut revenir à ce rapport entre le sculpteur et la souche. L’inspiration la désigne comme création potentielle. L’esprit n’est pas encore explicite mais déjà quelque chose se passe qui donne envie d’abord de faire connaissance avec ce que cette souche porte comme traces d’une vie antérieure, de lignes de force et de formes expressives. Mais c’est après dépouillement de sa gangue et un premier façonnage qu’elle se donne à la main du sculpteur et surtout à la posture qui va lui donner vie. Cette tenue, cet élan, ce mouvement ne sont plus ceux de la chose naturelle mais celui de ce témoin de l’esprit qui lui est donné. En effet la mutation est totale entre les vestiges d’une nature qui a achevé son existence et l’oeuvre qui devient un témoignage d’humanité. Cette transmutation, celui qui ne la voit pas s’étonne du « naturel » plus ou moins respecté de la pièce d’art, celui qui la reçoit fait connaissance avec cette humanité qui lui parle. L’esprit de la sculpture il le reconnait et s’y retrouve par l’oeuvre du médiateur qu’à été le sculpteur. L’esprit du sculpteur a trouvé une expression qui parle à celui qui le ressent et s’y retrouve comme dans un livre d’humanité. L’oeuvre d’art joue alors son rôle de témoin d’humanité, celle du sculpteur d’abord mais surtout celle de celui qui entre en résonance avec l’humanité qui s’y révèle.

Alors la philosophie dans tout cela? Elle est présente dans ce processus de révélation d’humanité dans lequel, en acte, se construit le témoignage d’une sculpture nouvelle. Elle est présente dans le témoignage singulier qu’elle porte, tant par ce qu’évoque sa tenue devant les yeux de l’amateur que par les paroles que l’imagination porte à son endroit, le texte que l’imaginaire assigne à la naissance d’un nouveau venu parmi les témoins, les médiateurs d’humanité.

 

Eco-sculptures

Pour une interprétation humaine de la nature

Le sculpteur travaille la matière brute, l’éco-sculpteur travaille la nature. L’un et l’autre lui donnent forme humaine, d’inspiration humaine. Souvent figurative et esthétique pour les uns, elle est surtout onirique et évocatrice pour les autres.

Les sculptures de Roger Nifle ne montrent pas, elles signifient, articulant l’émotion, la matière et le concept, trépied de la révélation du Sens, par le biais de l’imaginaire. L’imaginaire habille des souches brutes devenues policées s’exprimant ainsi dans un art brut policé. Brut car non fabriqué et policé parce que ces éco-sculptures sont vêtues comme d’une peau, lisse et souvent vernissée qui leur donne une tenue. Il ne leur manque que la parole que l’écriture exprime signant l’identité et l’âme de l’oeuvre nouvellement créée.

Naissent ainsi, sortis de leur gangue primitive, des personnages, des caractères, un bestiaire, tous présence d’humanité. Ils nous parlent de nos grandeurs d’âmes et nos petitesses, jamais sous le mode dénonciateur mais toujours révélateur. Enracinés dans la nature des bois, leurs formes et leurs élans restés inconnus, ces témoignages d’humanité apportent une présence comme toutes ces oeuvres qui meublent notre monde humain. Ils nous parlent une langue des bois que le texte qui les accompagnent traduit dans une autre langue, comme il pourrait y en avoir d’autres encore. C’est le Sens qui leur est commun, rendu accessible par la médiation de l’imaginaire devenu révélateur d’humanité au travers de la nature réinterprétée. Le philosophe le nomme intelligence symbolique ou intelligence du Sens. Cet art, art brut policé, donne un Sens particulier à l’éco-sculpture où l’amateur d’art se fait amateur d’humanité.

Dernières créations

Depuis Mai ont vu le jour de nouvelles oeuvres avec leur histoire. Elles témoignent d’une vie qui se manifeste à partir de souches inertes et même en pleine dégradation. L’esprit humain de l’artiste comme de celui qui entre en conversation fait renaitre ce qui est voué à disparition mais sous une toute autre identité que ce que la nature nous laisse. De la nature faire une culture humaine !

Horizons une scène d’un au-delà avec des souches du Sénégal

Titanic une commémoration incertaine

Personne quelqu’un d’inconnu présent à nos côtés

Content une drôle de bestiole à fréquenter par les temps qui courent

Sorcier il vient des corbières avec son air de danseur de maquis

L’élan il nous montre la voie du sursaut salutaire

Croisière africaine tout un monde noir et argent

L’oiseau de feu plein de puissance. Jugez par vous même.

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L’art transactionnel

D’un regard ouvert vers une résonance possible, ténue, se fait le repérage et le choix. Retrouvée plus tard, là à l’abri, la souche, extraite de sa destinée de décomposition, sollicite quelque résurrection. Le dépouillement de ses habits mortifères, de sa ruine, confirme une vie incarnée dans des lignes de force habitées de puissance. Puissance du mouvement des formes, puissance des forces devenues vaines, il y a là comme une nouvelle vie à révéler.

Le travail de l’art consiste à exprimer ce qui se propose avant même qu’une conscience en vienne nommer la promesse. C’est bien une maturation de l’inspiration qui trouve ses formes et ses postures dans la matière vivante avant même de trouver ses mouvements d’âme et les mots qui le disent. L’humanité trouve dans l’art le chemin de se dire et aussi de le dire.

Ainsi la nature en déchéance révèle la nature humaine comme co-créatrive. Seul l’homme parle de lui et il trouve dans la nature des signes et formes symboliques de ses «états d’âmes». C’est par l’oeuvre qui l’a touché que l’artiste touche alors tous ceux qui s’y reconnaissent, admirant la beauté, la nature, la condition humaine, les scènes de son humanité ou de celle de ceux avec qui il la partage.

La langue des bois est une langue humaine et fait parler l’oeuvre à ceux qui s’en approchent.

C’est par son oeuvre que l’artiste parle à d’autres, humains comme lui. C’est par la nature des choses qu’il trouve le langage de la nature humaine, partagée entre tous. Transaction médiatisée, transaction de reconnaissance d’une même humanité. C’est là la valeur de l’oeuvre.

Roger Nifle Mai 2013